Même si la migraine est une maladie qui comporte encore de nombreuses zones d’ombre, il semblerait qu’un lien puisse être fait entre la migraine et l’alimentation. D’ailleurs, l’alimentation est souvent déclarée comme facteur déclenchant chez les patients souffrant de migraine. 

Plusieurs études, malheureusement de petites tailles qui ne permettent donc pas de tirer des conclusions généralisables, nous permettent de mieux comprendre les relations entre les crises de migraine et l’alimentation. 

Un suivi des apports alimentaires est clé pour établir un lien entre l’alimentation et les crises de migraine. Cependant, l’identification des facteurs déclenchants alimentaires est très difficile et très personnelle. 

Certains aliments sont souvent déclarés comme facteurs déclenchants. C’est, par exemple, le cas de l’alcool, des produits laitiers, du chocolat ou du café. Les aliments transformés sont aussi souvent déclarés comme facteurs déclenchants. Les professeurs Hoffmann et Rocober ont établi dans cette étude menée en 2013, en Allemagne, que ces aliments et ces boissons font partie d’une liste de substances qui seraient les plus souvent rapportées comme étant des facteurs déclenchants de la migraine. 

Beaucoup d’études ont été menées dans le but de comprendre la relation entre la diététique et les crises de migraine. Aujourd’hui encore, aucun résultat ne permet de tirer des conclusions généralisables. Il y a des pistes mais qui sont encore à creuser. 

🍽 Comment l’alimentation influence les crises de migraine ?

Plusieurs hypothèses concernant la relation entre les migraines et la nutrition ont été établies :

  • Comme l’a rappelé le Docteur Mawet au sommet francophone de la migraine, organisé par l’association de patients La Voix des Migraineux, ce ne serait pas l’aliment en lui-même qui provoquerait la migraine, mais à l’inverse la phase initiale de la crise qui provoquerait l’envie de manger un aliment particulier, comme du chocolat. A ce stade, les symptômes ne seraient pas encore présents. Manger du chocolat ne serait pas la cause de la migraine, mais une sorte de conséquence du prodrome. Parfois, avant même d’avoir mal à la tête, on a une envie de certains aliments comme une envie de chocolat, et on attribue la migraine au chocolat alors que, qu’on le mange ou qu’on ne le mange pas, la crise serait tout de même survenue. 

Nous vous invitons à regarder cette courte vidéo faite par La Voix des Migraineux pour bien comprendre la différence entre les facteurs déclenchants et le prodrome.

  • Certaines personnes seraient sensibles à des composants alimentaires comme les nitrites (contenus dans les radis ou la betterave par exemple) ou les sulfites (contenus dans les fruits secs ou les jus de fruits par exemple). On parle d’intolérance alimentaire, ou de pseudo-allergies qui peuvent se traduire par des maux de tête, et par d’autres symptômes, comme des nausées. 

 ⚠️ Quels sont les aliments « à risque » quand je suis migraineux ? 

Chez certaines personnes, certains aliments peuvent être identifiés comme facteurs déclenchants. C’est notamment le cas de l’alcool qui serait un des facteurs déclenchants le plus fréquemment cité par les migraineux. 

  • 🍷 La consommation d’alcool et la migraine

A quoi tient l’hypothèse que l’alcool serait un facteur déclenchant de la migraine ? 

Il y aurait plusieurs raisons qui sous-tendraient la relation entre la consommation d’alcool et le développement de crises de migraine : 

  • L’alcool a un effet d’assèchement dans le corps, mais surtout dans le cerveau, ce qui favorise le développement des maux de tête.
  • Lorsque l’alcool se décompose dans le corps, il libère une substance toxique qui dérègle le métabolisme cérébral. 
  • Lors de la consommation de boissons alcoolisées, les vaisseaux sanguins se dilatent, ce qui favorise le développement des crises de migraine. Aussi lorsque le taux d’alcool diminue dans le sang, les vaisseaux sanguins se resserrent, ce qui peut également entraîner une migraine. 

Une étude menée par le médecin Gerrit LJ aux Pays-Bas en 2019 sur la relation entre les boissons alcoolisées et les crises de migraine montre que sur 2197 patients, 35% des patients auraient rapporté la consommation de boissons alcoolisées comme facteurs déclenchants. 

Le lien entre consommation d’alcool et migraine pourrait aussi dépendre de la culture du patient. Ce lien n’est qu’une supposition suite à deux études :

  • La première étude, menée au Japon pour déterminer les caractéristiques de la migraine au Japon en 2004 sur 5758 patients, arriverait à la conclusion que la consommation d’alcool n’influencerait  pas sur la survenue ou non d’une crise de migraine. 
  • La deuxième étude, menéeen Chine sur 1219 patients, publiée en 2013 sur les facteurs déclenchants des migraines en Chine, suggère que l’alcool fait bien partie des facteurs déclenchants les plus déclarés dans ce pays, avec les règles, les changements météorologiques et le bruit. Toutefois, les femmes seraient moins sujettes aux migraines dues à la consommation d’alcool.  

Autrement dit, le lien entre alcool et migraine serait important en Chine, mais au Japon aucun lien clair et précis n’aurait été établi. 

Ainsi, une revue de littérature fait le constat que ces constatations opposées laissent penser que certaines personnes ou que certaines cultures peuvent être plus ou moins sensibles à la consommation d’alcool en tant que facteur déclenchant de crise de migraine. La revue de littérature conclut que ces études menées sont intéressantes, mais encore trop peu nombreuses pour tirer des conclusions claires et précises sur un lien hypothétique entre alcool et migraine.

  • ☕️ La consommation de café et la migraine

Pour certaines personnes, la caféine est déclarée comme facteur déclenchant. Une étude, menée par le professeur Mukadder Mollaoglu en Turquie, publiée en 2013, s’intéresse aux facteurs déclenchants des migraines sur 126 patients migraineux. D’après cette étude, chez 6,3% des patients, la caféine est synonyme de migraine. Mais cette étude est bien trop petite pour en tirer des conclusions généralisables. Les études sont à poursuivre sur cette piste. 

Pour la majorité des patients, la caféine n’est pas reconnue comme facteur déclenchant mais il serait important de ne pas en consommer trop. La prise régulière de caféine pourrait rendre le cerveau sensible et dépendant. Si la prise devient irrégulière, le manque de caféine pourrait entraîner des crises. Ainsi, il est communément recommandé de limiter la prise de caféine chez les migraineux. 

De plus, la caféine a un fort impact sur le sommeil. Il n’est pas recommandé pour les personnes souffrant de troubles du sommeil et de migraine de consommer de la caféine. C’est le combo redoutable ! 

  • 🍱 L’alimentation en générale et la migraine

Plusieurs patients déclarent d’autres aliments en facteurs déclenchants. Aucun aliment ou aucune boisson n’est clairement et directement identifié comme étant un facteur déclenchant. Des études ont ouvert des pistes mais il faudrait pousser les recherches pour en tirer des conclusions généralisables. 

👩‍🍳 Quels sont les régimes alimentaires adaptés à la migraine ? 

  • 🍽  Un régime miracle contre la migraine ? Certainement pas… 

D’autres aliments ne présenteraient aucun risque pour les migraines. Certains aliments et régimes pourraient même permettre de diminuer la fréquence des crises de migraine, ainsi que leur impact. 

Attention, il n’existe pas de régime miracle pour limiter les migraines. Cependant, certaines recherches suggèrent que les régimes faibles en gras seraient bénéfiques pour les personnes souffrant de migraine. Aussi les produits riches en oméga 3 et faible en oméga 6 seraient efficaces dans la prévention des migraines. 

Lors du World Migraine Summit de 2021, le docteur Savage-Edwards a évoqué ce qu’il appelle le « régime de la migraine ». C’est un régime : 

  • riche en acide gras oméga 3 comme l’huile de lin, l’huile de noix ou encore la mayonnaise
  • Riche en vitamine B2 et en magnésium comme le rôti de porc, les oeufs à la coque et les lentilles 
  • Faible en gras, en tyramine (un acide aminé qui aide à réduire la pression artérielle) : comme les figues, les avocats ou les bananes. 

Cependant, il convient de noter qu’il n’y a pas encore d’étude qui prouve l’efficacité de ce régime. 

Durant le premier sommet francophone de la migraine, organisé par l’association la Voix des Migraineux, le Docteur Mawet a rappelé qu’il n’existait pas de preuve scientifique pour un régime particulier. 

Un seul pourrait, peut être, avoir un intérêt qui reste à démontrer, c’est le régime cétogène. Ce régime doit être encadré médicalement. C’est un régime riche en lipide. Il est utilisé en complément des traitements des maladies comme l’épilepsie. Ce régime vise à réduire considérablement la consommation de glucides, qui sont contenus dans les légumineuses, les céréales, les fruits secs… au profit des lipides pour provoquer un état de cétose, un équilibre dans le métabolisme.  Lorsque l’apport en glucide est limité et que le patient atteint un bon ratio entre les protéines et les graisses, le corps entre en “cétose”. 

En ce qui concerne l’apport nutritionnel de ce régime, le patient supprime les féculents (comme les pommes de terre, le blé, les farines…) et les produits sucrés. Cependant, il est important de faire attention à consommer suffisamment de protéines (comme la viande, le poisson, les œufs, le tofu…). Le patient cherche aussi à consommer plus de bons aliments gras et de bonnes graisses : les viandes et les poissons gras, les huiles, les produits laitiers gras (beurre, crème fraîche, fromage…). Aussi, il est important de manger des légumes à chaque repas, qui sont riches en fibres. 

  • ⏰ Le rythme de nutrition et la migraine

Par ailleurs, adapter le rythme de nutrition peut influencer la survenue de migraine. Il a été supposé que le fait de dîner tard pourrait éloigner le risque de migraine, et que le fait de jeûner pourrait augmenter la probabilité d’avoir des crises de migraine. 

Une étude, menée en 2014 aux Etats-Unis sur 1648 patients, a pour but d’identifier si oui ou non il y a un lien entre les horaires des repas ou des grignotages et les crises de migraine. En effet, le fait de dîner tard diminuerait le risque de migraine de 21%. Quant aux collations nocturnes, elles seraient associées à une baisse de 40% des crises de migraine. Ces résultats montrent que le comportement alimentaire dans la gestion des maux de tête pourrait avoir un effet positif (ou négatif en fonction de la situation) sur la migraine. Ces résultats indiquent que des recherches plus poussées sur les comportements alimentaires et l’activité des maux de tête peuvent être intéressantes. 

Une autre étude, publiée dans la revue J Headache Pain, a observé la relation entre le nombre de migraines et le fait de jeûner. Durant le mois de Ramadan, il y a eu une augmentation des crises de migraine comparé à un mois sans jeûne. Le jeûne pourrait donc être un élément favorisant des crises de migraine. Si on prive le corps d’un apport nutritif suffisant, il est forcé de métaboliser les graisses, ce qui n’est pas bon pour le métabolisme cérébral. Cependant, cette étude a été réalisée sur 32 patients et est donc trop petite pour en déduire des conclusions généralisables. Le changement de routine, bien connu pour être un facteur déclenchant, pourrait tout aussi bien être le déclencheur des crises de migraine. 

Conclusion

Le lien entre l’alimentation et les crises de migraine est encore flou. Les études, multiples et trop petites, n’arrivent pas toujours aux mêmes conclusions. Ces études ont dégagé des pistes qui sont à approfondir.

Si vous pensez que vos migraines sont directement ou indirectement liées à certains aliments, ajoutez-les dans la liste de facteurs déclenchants dans votre profil, afin d’évaluer, sur une période suffisamment longue, si en effet, il y a une corrélation ou non. 

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